23 novembre 2004
Houston - "It's already written"
Houston : It's Already Written
Le jeune Houston ne vous est sans doute pas étranger puisqu'on a pu le voir en boucle ces dernières semaines sur toutes les chaînes musicales. Son hit I Like That a en effet squatté sans surprise les charts et les dance-floors. Modèle d'efficacité du genre calibré pour les clubs, ce titre up-tempo est parrainé par les prédécesseurs du nouveau venu: Chingy et Nate Dogg.
Fort de ce tube, le nouveau phénomène du R&B propose un LP de 15 titres, ou plus exactement 11 puisqu'il y a 2 interludes, une intro et une outro. Ce qui est assez peu généreux. Assez étonnamment, l'album est composé presque exclusivement de ballades. La plupart de celles-ci ne brillent pas par leur originalité et ne laisseront pas un souvenir impérissable.
Quelques-unes de ces mélodies sont cependant de bons moments musicaux comme My Promise et Ain't Nothing Wrong. On notera aussi la reprise plutôt réussie de Love You Down du groupe Ready For The World qui a le mérite de remettre ce bon morceau dans l'actualité et peut-être de le faire découvrir à un nouveau public. Surfant sur la vague dancehall, Houston offre aussi un sympathique Keep It On The Low avec Don Yute.
Résolument dans l'air du temps, Houston est à ranger à côté des Usher, Joe et autres R Kelly. On se situe cependant un niveau en-dessous même si l'ensemble se laisse écouter et permet même quelques moments agréables. L'album n'est cependant pas à l'image du maxi et peu de titres up-tempo viennent réveiller l'auditeur entre les ballades sirupeuses. It's Already Written: already seen mais les amateurs (et amatrices surtout) du genre apprécieront.
Vincent Schmitz
Soulfinger - "Juste une pause"
Soulfinger : Juste une pause
Le R&B a envahi les ondes mais il est bien souvent formaté et destiné avant tout aux adolescents. Il existe peu d'alternative en matière de musique black francophone et c'est d'autant plus vrai en ce qui concerne la soul. Soulfinger Experience vient combler ce manque avec Juste une pause, une petite perle au milieu de la musique urbaine sans âme qui squatte le devant de la scène actuellement.
Auteur, compositeur et arrangeur de cet album, Soulfinger préfère rester dans l'ombre. Cet artiste belge, né de mère espagnole et de père congolais, se dit influencé à la fois par la musique noire américaine et par la chanson française.
Sur cet opus, il a invité plusieurs des plus belles voix francophones à se poser sur ses productions. La chaleur de Doyel, LS (du groupe Afrodiziak) et Onika Anderson régalent nos oreilles sur des ambiances groove. Le rappeur Al Peco s'est quant à lui emparé de Change ton monde pour un titre positif qui reste cohérent par rapport aux morceaux chantés.
Mélange de soul, de jazz et de funk avec une empreinte urbaine, Soulfinger étant influencé par le hip-hop, les chansons s'égrènent sans fausse note et sans temps mort.
Les 18 morceaux nous parlent d'amour évidemment mais pas seulement. On peut par exemple citer Pourquoi qui nous rappelle que l'intolérance reste une réalité, Laissez-moi vivre ma vie qui évoque la liberté et Tendre mama la dévotion d'une mère pour ses enfants.
Les textes sont très bien écrits et réussissent à ne former qu'un avec la musique. Il faut vraiment le souligner car certaines expériences ont montré que le français et la soul ne font pas toujours bon ménage.
Juste une pause nous offre donc un vrai moment de plaisir musical. Un moment durant lequel il suffit de se laisser bercer par les mélodies et les voix sans penser à autre chose que profiter. Just chill...
Vincent Schmitz
Ultime Team - "Umoja"
Ultime Team : Umoja
Quiconque a écouté du rap français avant son explosion ne peut que regretter l'époque où cette musique était encore réservée aux initiés. Et cela, principalement pour l'authenticité qui régnait et qui dominait les propos. Aujourd'hui, rares sont les groupes qui font un choix différent du commercial ou de l'hardcore à tout prix.
Mais il suffit de tendre l'oreille pour avoir encore de bonnes surprises. Et elles ne viennent pas toujours de l'Hexagone. Ainsi, l'underground belge regorge de nombreux talents atteints par le virus du hip-hop et trop peu exploités. Ultime Team fait partie de ceux-là et après les avoir suivis sur scène et sur mixtape, c'est avec un réel plaisir que j'ai découvert leur album Umoja (unité).
L'intro nous plonge directement dans l'ambiance de cet opus et des scratchs nous présentent chaque membre du groupe (six au total). C'est L'homme est la mesure de toutes choses qui enchaîne, réflexion sur les excès de l'homme et sur sa place face au progrès.
Vient ensuite Koolal ou comment décrire sa dépendance à l'alcool. Un même chemin et Aux disparus évoquent de deux façons différentes la mort. Citons également Faut que ça change avec le refrain ragga de Sanka Man qui est une véritable ode à la fête dans les soirées hip-hop.
Nos démons avec le talentueux James Deano évoque les tentations et les démons qui sont en chacun. D'autres titres comme le solo de Convok Homme de lettres, Les mots m'emportent ou Maison Saint-Marre sont plus égotrip mais restent réfléchis.
Les 13 titres s'enchaînent donc sans accroc, les flows des six mc's sont différents et efficaces. Il faut noter que tous ne rappent pas sur chaque titre. Personnellement, je regrette d'ailleurs que Kobra ne soit présent que sur un solo. Cette variété de styles permet évidemment de briser la monotonie. Beaucoup de morceaux sont assez "bounce" et les instrus (le plus souvent signées Phillies, Ades et Rellik) sont d'ailleurs jubilatoires.
Cela fait longtemps qu'un album de hip-hop francophone ne m'avait donné autant de plaisir. En bref, des flows talentueux, des textes réfléchis, du positif sans être dupe pour autant, du bon son et donc du hip-hop belge qui va dans le très bon sens et qui mérite d'ailleurs une reconnaissance au-delà de ses frontières.
Vincent Schmitz
James Deano - "Branleur de service"
James Deano : Branleur de service
Branleur de service. Le ton est donné d'entrée, bienvenue dans l'univers décalé de James Deano.
Ex-membre du groupe Profil Bas, remarqué il y a quelques années notamment sur la mix-tape Les Gens d'Armes, Deano est un pur produit de la génération qui a grandi avec le rap français. Depuis, Profil Bas s'est séparé et Deano a fait parler de lui grâce à son originalité et aux "battles" auxquels il a participé.
Son premier maxi nous livre les deux faces de sa personnalité. D'abord, le fun avec Branleur de service. A prendre au dixième degré, c'est l'histoire "d'un mec qui se branle".
Aucune étape n'est oubliée ("je continue mon touchage, tout nu tout sage, couché sur un sale sac de couchage") et une voix off se charge d'introduire et de conclure le morceau: "Nu, sur le dos, les jambes écartées...". L'instru hardcore colle à merveille avec le flow et l'ambiance du titre. Benoît Poelvoorde vient aussi nous rappeler que tout cela n'est que délire avec un extrait de "C'est arrivé près de chez vous".
Mais James Deano nous prouve également qu'il peut pondre des thèmes sérieux avec Esclaves du système: "spéciale dédicacé à tous les gars qui bossent pour avancer, à ceux qui triment comme des dingues toute la journée, à ceux qui transpirent pour manger". Un angle d'approche assez différent pour ce thème puisqu'il souligne les difficultés des personnes obligées de travailler pour un boulot qui ne leur plaît pas. Et cela plutôt que s'ériger en juge ou comme quelqu'un qui ne peut comprendre les personnes qui acceptent cette situation.
Bref, il décrit les esclaves du système que nous sommes, plus ou moins, tous: "broyé entre les mailles du filet, voyez: j'ai besoin de maille mais j'ai pas envie d'aller travailler pour ces gens mais je suis obligé. Sinon je suis sur la paille et baillé par mon foyer". Servi par le flow aux multiples facettes de James Deano et un refrain chanté entêtant soutenu par des voix féminines.
Un maxi à se procurer sans hésiter donc. En plus, il y a une vidéo en bonus on l'on peut voir l'artiste à l'oeuvre au salon Erotica et ensuite sur scène. Un endroit où il est particulièrement intéressant de le découvrir d'ailleurs. Il ose en effet y mêler humour (et même de petits sketchs) avec ses morceaux. A découvrir de toute urgence.
Vincent Schmitz
Diomay - "Mwen Ka, Galsen"
Diomay : Mwen Ka, Galsen
La première apparition de Diomay (prononcez "Dio-maille") remonte à 1998 sur la célèbre mix-tape Néochrome. Il formait à l'époque un duo avec Granit sous le nom (logique) de Diomay et Granit, groupe aujourd'hui signé sur le label de Kool Shen (NTM), IV My People. Mais c'est aujourd'hui en solo que Diomay apparaît sur le devant de la scène avec Mwen Ka, Galsen qui signifie "Antillais, Sénégalais", ses doubles origines.
C'est logiquement Ouverture: qui suis-je ? qui nous permet d'entrer dans l'univers du rappeur. Etonnamment, c'est sur une face B de Kanye West (Through the wire) que Diomay pose pour ouvrir l'album. On sait grâce à cette intro à quoi s'attendre: du rap inspiré par le dance-floor américain et beaucoup d'egotrip.
C'est Binks qui enchaîne d'assez belle manière avec une production de Salif. D'autres titres sont plutôt réussis et servent bien les talents de Diomay au micro: Mwen Ka, Galsen, Rendez-vous avec Fredo et K. Fear de La Brigade ou encore Denzel Zoo avec Granit et Nysay.
Les rares morceaux plus introspectifs comme Sous estime et Poésie sont également de bonnes surprises au milieu de ce hip-hop très "bounce".
L'ensemble a le mérite d'être assumé et clair. Un album qui n'a pas pour but de prendre la tête mais qui recèle quelques moments jouissifs en grande partie grâce au bon flow de Diomay et des ses invités. Les nombreux interludes de films ou humoristiques apportent un plus agréable. En revanche, on aurait peut-être aimé plus de recul par rapport aux inspirations très marquées, davantage de productions originales ainsi qu'une plus grande variété de thèmes.
Vincent Schmitz
Jamelia - "Thank you"
Jamelia : Thank You
Superstar squatte le top des charts depuis quelques semaines maintenant et beaucoup attendaient l'album de Jamelia. La jeune chanteuse de 23 ans nous livre un opus de 14 titres dans l'ensemble plaisant mais sans originalité.
C'est donc le tube Superstar qui ouvre les festivités, suivi par le deuxième single, la ballade Thank You. Suivent DJ, morceau up tempo et à nouveau une ballade, See It In A Boy's Eyes. Cette répétition est heureusement vite stoppée. Jamelia nous gratifie même d'un rap sur le morceau Dirty Dirty. Mais son talent est sans aucun doute plus évident lorsqu'elle chante.
Bubba Sparxxx vient l'épauler pour un Club Hoppin' très dance-floor et efficace. Au niveau des bonnes surprises, on peut également citer Cutie qui a (enfin) réussi à surprendre mon oreille après les sept premières chansons. Bout avec Rah Digga nous permet aussi de passer un bon moment musical. Le reste de l'album est plus décevant et ne parvient pas à décoller.
L'album Thank You est sans doute efficace mais ne convaincra pas les amateurs de R&B. Très pop, il tire allègrement sur toutes les ficelles qui fabriquent les tubes du moment. De plus, les meilleurs morceaux restent Superstar et Thank you. De quoi enlever de l'intérêt à l'écoute de l'album entier. Un opus à réserver aux admirateurs de la chanteuse ou aux amateurs de hits.
Vincent Schmitz
Pledge - "Un quotidien"
Pledge : Un quotidien
Un quotidien est le premier projet discographique de Pledge. En l'espace de cinq titres, il nous entraîne dans son univers. Car si un mot devait qualifier ce LP, ce serait sans doute "atmosphère". L'artiste se dit éclectique et inspiré par des influences soul, funk, jazz, trip hop ou encore rock. Et il est clair que cela transpire à travers ses productions musicales.
L'approche musicale de Pledge est en effet très personnelle. Le morceau Comme un peintre avec sa palette nous emmène dans une ambiance nocturne, très trip hop. Le flow et la voix lourde du rappeur, ici accompagné d'Oriane et de Juan Yocko, se posent en osmose complète avec cette instru très réussie.
L'esprit de la ville décrit la contradiction entre son attachement à un environnement urbain et une réalité souvent violente: "Au carrefour des incendies, je sens la vie autour. Le bien-être comme le conflit dans ces ruelles où le bruit rend sourd". Réalité anonyme évoque une vie professionnelle ratée, quand le quotidien tue les rêves de jeunesse.
L'ensemble de cet opus est très "smooth". Les musiques comme les textes pourraient être qualifiés de planants et se marient entre eux à merveille. Pas de rimes attendues, il faut plusieurs écoutes pour saisir le sens du propos. L'ensemble des productions musicales est d'ailleurs de très bonne qualité. La voix de Pledge est malheureusement parfois monotone et c'est peut-être ce qui pourrait nuire à la qualité d'un album entier.
Vincent Schmitz
Casus Belli - "Street Tape vol. 3"
Casus Belli : Street Tape Volume 3
Le troisième volume de la Street Tape de Casus Belli est disponible. La trilogie est complète et ce sont donc 27 tracks au total qui nous dévoilent les talents du rappeur.
Pour cet opus sous-titré "En attendant l'album", ce sont dix titres qui s'enchaînent durant 35 minutes. Le flow n'a pas changé et est toujours aussi efficace et les thèmes développés restent les mêmes. C'est d'ailleurs ce qu'on pourrait peut-être regretter, l'égotrip étant encore très mis en avant.
Le premier morceau avec Tortue en est l'illustration positive mais J'rap qui le suit vient un peu gâcher notre plaisir. Avec une ambiance très énervée, celui-ci doit être plus approprié aux scènes qu'au disque. Pour pas finir vaurien et Tout p'tit nous montrent une facette plus réfléchie du rappeur, tout comme Le renard blanc qui évoque la vision d'un rappeur blanc le cul entre deux mondes.
Quelques moments dance floor comme Oh Oh ou Prépare-toi sont assez réussis et mêlent habilement humour et figures de style. Beaucoup de refrains dans ce troisième volume sont d'ailleurs chantés par Casus avec un résultat inégal.
Au niveau du flow, quelques phases sont de très bon niveau, d'autres textes moins. On sent qu'il est très à l'aise dans l'exercice de style freestyle mais c'est moins le cas lorsqu'il y a plus de sens et de construction à développer.
Quoi qu'il en soit, c'est un opus qui fera encore hocher la tête avec plaisir, malgré certains passages plus faibles. "En attendant l'album", il lui manque encore le petit plus qui fera la différence.
Vincent Schmitz
Casus Belli - "Street Tape vol. 1"
Casus Belli : Street Tape Volume 1
Un "casus belli" est un acte de nature à motiver une déclaration de guerre... C'est ce que nous apprend le Larousse mais Casus Belli, c'est surtout une figure de l'underground lyonnais. Présent depuis 1996, Casus Belli a notamment assuré les premières parties de Triptik, Ol'Kainry, Singuila ou encore Sully Séfil. Après un premier maxi, Lyon, il nous livre cette fois un opus efficace et enthousiasmant.
Le rap que nous sert Casus Belli est en effet à la hauteur des groupes déjà installés. Les textes ne brillent pas par leur originalité mais ils sont mis en valeur par les qualités du rappeur au micro et ne manquent pas d'humour. L'ensemble est cohérent et les titres s'enchaînent sans problème. Mais les productions, toutes faites maison, ne sont pas toujours à la hauteur du flow jubilatoire du MC lyonnais.
La faucheuz et J'ai la mord évoquent respectivement la mort et les problèmes rencontrés au quotidien. Ce sont des textes forts mais ils sont peu appuyés par le beat. Une mélodie plus présente leur aurait sans doute donné une dimension supplémentaire.
Le caméléon, Les Larduts et surtout Lyon (la bombe de l'album) sont plutôt tournés égotrip et freestyle. Ils sont explosifs et efficaces: dès la première seconde, impossible de ne pas bouger la tête !
Le premier volet de ces Street Tape (le deuxième devrait sortir dans quelques semaines) s'écoute en tout cas du début à la fin sans temps mort. On aurait peut-être aimé un peu plus de consistance, aussi bien dans les sujets traités que dans les productions, mais ça tourne bien et c'est l'essentiel. Un début très prometteur donc, on attend la suite avec impatience.
Vincent Schmitz
Roy Ayers - "Virgin Ubiquity"
Roy Ayers : Virgin Ubiquity - Unreleased Recordings 1976-1981
Si l'on vous parle de Roy Ayers, ça ne vous dira probablement pas grand chose à priori. Pourtant, il est l'un des grands noms du jazz et du funk des années 70.
S'il n'a malheureusement pas la renommée médiatique de Stevie Wonder ou Quincy Jones, il est sans conteste l'un des musiciens les plus samplés par la jeune génération. The Roots, A Tribe Called Quest ou encore Gang Starr ont largement profité de son oeuvre. Roy Ayers a d'ailleurs accompagné Guru (le leader de Gang Starr) sur l'excellent Take a Look at Yourself figurant dans le premier volet de Jazzmatazz.
Ce vibraphoniste d'exception nous offre aujourd'hui 13 titres inédits ou rares enregistrés entre 1976 et 1981. Virgin Ubiquity est en effet le premier volume d'une série d'albums reprenant des morceaux inexploités à l'époque. Et nos oreilles en sont ravies. Entre les basses bien présentes, les voix féminines envoûtantes et les beats funky tellement efficaces, on ne se lasse pas d'écouter et de réécouter ce petit bijou.
Les premières notes de cet album nous emmènent directement dans la chaleur des années 70 avec Boogie Down et What's the T ?, tous les deux très funk. Mystery of Love et Brand New Feeling sont plus orientés vers le jazz tandis que Sugar ou Oh What a Lonely Feeling sont des morceaux plus dansants.
Les voix de Merry Clayton, Dianne Venter ou encore Carla Vaughn accompagnent superbement Roy Ayers. Celui-ci n'hésite d'ailleurs pas à se retirer pour mettre en valeur leur talent.
Vibraphoniste, chanteur, producteur, arrangeur, Roy Ayers nous fait partager avec bonheur ce son chaleureux si particulier des années 70. Si vous aimez le groove et des films comme Shaft ou Foxy Brown, vous adorerez Virgin Ubiquity. Sans aucun doute le disque à écouter en boucle cet été.
Vincent Schmitz